Ce texte entend exprimer une réflexion sur le sens de l’engagement de chacun dans l’ufr zero, qui est la mienne actuellement. J’espère ainsi la susciter chez chacun, nous faire adopter une démarche réflexive sur le projet, et sur nous même au sein de ce projet.
Ce que j’entend par sens de l’engagement, c’est la question de savoir comment chacun se vit, se voit dans la dynamique, comment subjectivement il voit son engagement et sa participation dans le projet.
Il pourrait également s’agir de voir s’il y a décalage entre l’engagement personnel comme il est vécu par les autres, et comment il est vécu par soi. Et alors peut-être d’en saisir, ou au moins en approcher ainsi le sens pour chacun.
Je pars du postulat qui est que chaque individu dans sa vie est dans une recherche, une quête de sens. Sens de son action, de sa vie, et avec la question de l’adéquation avec ce en quoi il croit, ce qu’il est. Aussi l’UFR zero n’échappe-t-il pas, à mon sens, à cette recherche, et même il n’est parfois pas autre chose.
Et puis c’est bien la question du sens de ce que l’on fait, de la démarche qui revient sans cesse, que l’on se pose, que l’on nous pose. Et on se rend bien compte à quel point il nous est difficile d’y répondre.
Mon ambition est de susciter une réflexivité globale, des éléments sur le chemin d’une réponse en quelque sorte. Mais en tant que ce sens ne se fait pas sans les participants, et même c’est bien nous et nous seul qui le faisons, par la façon dont on exerce notre subjectivité au sein du projet : le sens général n’est que la rencontre, la confrontation et la composition des sens particuliers.
Ce pourrait être un moyen de faire s’exprimer, de faire participer, en somme de faire exercer la subjectivité de ceux, plus ou moins impliqués, mais qu’on entend peu ou pas. Sans bien sûr nier qu’il puisse s’exercer une forme de domination des esprits intellectuellement « plus puissants », ou des plus « grandes gueules », ceux qui ont le plus de facilités à s’exprimer en public, c’est la justification du caractère qui est souvent invoquée pour justifier, ou au moins expliquer que l’on ne parle pas beaucoup dans la réflexion commune.
Plutôt que de s’y arrêter, je propose d’aller chercher en quelque sorte chacun sur son terrain, intime même peut-être, comme on est justement dans l’idée d’un maximum de participation ; que chacun ici apprenne dans le collectif, et apprenne du collectif, avance, évolue dans sa confrontation et son existence en son sein.
A mon sens, ce qui se joue, l’enjeu ici c’est d’apprendre comment se comporter, ou plutôt construire un nouveau comportement dans le groupe. A la fois pour les
« timides » peut-être de débloquer des situations vécues difficilement au sein de ce collectif précis, ou dans les rapports aux autres, au(x) groupe(s) en général, les situations de vie et de discussion collectives ; et pour les « grandes gueules » d’avancer vers l’humilité face au groupe. Autrement dit l’enjeu est à la fois dans le respect de chacun, le respect de la parole écoutée… et dans la libération de cette parole, dans son ouverture.
C’est en somme l’apprentissage d’un nouveau vivre ensemble dans l’ufr zero, et dans la visée émancipatoire en tant qu’il l’est, bien entendu, pour les relations sociales en général qu’on voudrait faire avancer dans ce sens.
Et les deux dans la visée de sentir et de nourrir l’énergie collective, l’énergie de la réflexion en commun, qui de toute façons, pardonnez du truisme, n’existe que de la participation et de l’énergie des individus qui la mènent.
Il s’agit de préciser la définition sur laquelle je me base pour la question de l’existence des sens distincts individuel et collectif :
- le sens collectif comme l’agglomération, l’imbrication de toutes les subjectivités. Qui idéalement créerait une énergie collective de réflexion et de travail. Je pose en terme d’affirmation, mais cette définition ne résout rien et n’a pas vocation à le faire, elle ne se veut pas définitive. La question de cette énergie collective reste notamment.
- le sens individuel comme la subjectivité individuelle, comment chacun comprend ce qui se passe dans l’ufr zero, ce qu’il vient y faire et ce qu’il y fait ; ce qu’il vient y chercher et ce qu’il y apporte, et quel sens tout cela a-t-il pour lui ; comment chacun conçoit la démarche politiquement (au niveau de ses valeurs), et quel lien il fait, ou il ne fait pas avec la démarche, son organisation, ses valeurs affichées, quel sens au fond tout cela fait pour chacun d’entre nous.
Il y a, je pense, un enjeu primordial à avancer sur ces questions, autant par la période qui approche, à savoir la coupure de l’été qui pourrait nous inciter à se retourner et à réfléchir sur ce que nous avons vécu depuis le début du projet ; mais en même temps cette question ne doit pas, à mon sens, se poser distinctement de l’action : la posture réflexive est ainsi constituante de notre praxis, afin déjà d’avancer sur la construction du sens, et de s’astreindre à une ouverture et une distanciation par rapport à ce que nous faisons, et là aussi, un sens se construit, qui nous fait nous distinguer des formes et des formations militantes traditionnelles, qui se posent des principes qu’ils ne repensent plus, pas plus d’ailleurs que leur formes d’organisation et d’action.
Ou l’ambition de toujours penser et repenser nos actions, notre démarche, c’est-à-dire à la fois critiquer et faire avancer (en tant que, idéalement, la critique serait constructive justement).
Ainsi il s’agirait d’inciter chacun à communiquer sur son engagement subjectif à l’UFR zero. Seulement cette question est, de ce que j’ai pour l’instant pu en voir, malaisée à aborder, du moins nous n’y arrivons pas pour le moment.
Aussi l’idée de produire chacun un ou plusieurs textes pour commencer, comme une base de travail me paraît bonne. Je reconnaît au courant féministe qui prône le travail en groupe non mixte la prise de conscience que certaines questions, qui touchent au dévoilement de l’intime, ne sont pas facile à discuter avec tout le monde, et que par exemple la communication si elle ne passe pas entre groupe de femmes et d’hommes, peut se faire par textes.
Car c’est bien l’intime de chacun que l’on peut toucher à propos de cette question de quête de sens qui nous occupe. Et il y a également enjeu à abandonner cette extériorité qui caractérise plus ou moins ce que l’on fait à l’UFR zero : de même que nous pouvons critiquer les sociologues qui produisent sur l’errance des travaux intéressants, mais marqués d’un des sceaux de l’Université, à savoir cette extériorité forcenée, nous pouvons nous-mêmes nous poser la question de notre engagement subjectif dans ce que nous disons à l’UFR zero, d’autant qu’on aspire à intégrer à ce « nouveau processus de construction du savoir » nos expériences vécues.
Maintenant, la communication par textes interposés, je ne la conçois évidemment pas comme une fin en soi, elle n’est qu’un moyen et même plutôt une tentative de débloquer ou simplement de susciter la communication.
Pas plus d’ailleurs que je ne pense qu’il faille aboutir à un résultat formel de cette démarche réflexive. Je ne cherche pas à produire un nouveau texte à distribuer aux gens qui me demande ce que c’est que cette université évadée, ou bien qu’un jour on arrive à se dire « Voilà, l’UFR zero, c’est cela ». L’UFR zero est, j’entend par essence, un projet, c’est-à-dire une projection mais aussi une espérance, une projection sans cesse sur ce qu’il est ; il est également une infinitude, au sens de ce qui n’a pas de fin. Sans pour autant rentrer en contradiction avec l’ambition de vivre l’instant, le moment présent.
Tim 2008.