Qu'est-ce qu'un mouvement ?

Faire une histoire des moments de communisme

Une idée exprimée par Rancière me semble essentielle aujourd'hui : l'idée de "moments communistes". On a vu lors des colloques qui ont eu lieu récemment à Londres, à Paris, etc., sur le communisme que deux tendances s'expriment côte à côté, s'entendent sans s'entendre, etc., dont l'une serait de dire qu'il y a deux moments dans l'histoire, l'un commençant en 1917, l'autre à la chute du mur de Berlin en 1989 : nous serions dans le deuxième moment. L'autre tendance serait de dire si on pense le communisme en tant que politique de l'émancipation, que ce qu'il faut penser c'est, et c'est effectivement ce que dit Rancière : quels sont les moments de communisme ?

Que seraient une pensée et une action politiques radicales aujourd'hui ?

J‭’‬aimerais tenter ici de confronter les réflexions des séminaires autogérés de recherche politique que nous avons mis en place à l‭’‬ENS‭ (‬en particulier un séminaire sur l’émancipation‭)‬,‭ ‬dans le prolongement de l‭’‬expérience des mouvements sociaux,‭ ‬avec le texte de l‭’‬entretien réalisé par le Sabot avec J.‭ ‬Rancière‭ (‬entretien disponible sur le site de la CIP‭) ‬– et ce,‭ ‬autour de la notion de‭ «‬ radicalité ‭»‬.‭
Il apparaît assez clairement que beaucoup de choses appellent,‭ ‬aujourd‭’‬hui,‭ ‬une radicalité.‭

Qu'est-ce qu'un mouvement ?

Qu’est-ce qu’un mouvement ?
... et qu’est-ce qu’on peut y faire ?

Chaque année ça recommence. Chaque année de nouvelles lois qui représentent toutes les mêmes logiques nous amènent à nous mobiliser. Parfois on contient un peu le flot, parfois on perd sur toute la ligne, souvent même l’application des réformes est reportée (aux vacances...) ce qui reporte aussi le combat, voire le supprime. Face à cela, allons-nous continuer à faire des mouvements de la même manière chaque année - répéter les mêmes gestes, comme si c’était la première fois ?
Les mouvements ne sont pas, comme on voudrait nous le faire croire, des combats apolitiques motivés par un calcul d’intérêt, qui nous mèneraient, après des manœuvres stratégiques et d’habiles négociations, à un profit, dans des situations qui nous concernent en particulier (en tant qu’étudiant, enseignant, travailleur de telle entreprise, etc...).

Commencer un mouvement...

Chaque année depuis quelque temps, les étudiants descendent dans la rue, défilent en manifestation, font des AGs, déclarent la grève, contestent des réformes qui participent toutes des mêmes logiques ; aujourd’hui plus que jamais nous devons donc nous interroger sur ce que nous espérons trouver dans un mouvement social.
Nous sommes nombreux à avoir vécu l’expérience des fins de mouvement, où la douleur de la « reprise » ne rendait que plus pressant l’impératif de continuer, et ce en dépit des amères victoires stratégiques, syndicales ou parlementaires. Mais grâce à cette expérience semble précisément s’ouvrir une perspective nouvelle, qui consiste à commencer un mouvement comme si l’on était déjà en train de le continuer (c’est-à-dire s’affranchir de ses objectifs limités, à court terme, pour rejoindre un peu plus vite son horizon réel) ; mais c’est aussi continuer un mouvement comme on l’avait commencé