FORUM DE DISCUSSION - Mercredi 27 Janvier 2010
A l'École nationale supérieure des beaux-arts - Salle de conférence du palais des études
14, rue Bonaparte 75006 Paris - M° St-Germain-des-Prés
Nous vous invitons ce mercredi 27 janvier 2010 à 15h à l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts à une rencontre et une discussion avec Jacques Rancière, philosophe, autour de la question de ce que serait une pensée et une action politiques radicales aujourd'hui.
« La fin de la politique et le retour de la politique sont deux manières complémentaires d'annuler la politique dans la relation simple entre un état social et un état du dispositif étatique. Le consensus est le nom vulgaire de cette annulation.
L'essence de la politique réside dans les modes de subjectivation dissensuels qui manifestent la différence de la société à elle-même. L'essence du consensus n'est pas la discussion pacifique et l'accord raisonnable opposés au conflit et à la violence. L'essence du consensus est l'annulation du dissensus comme écart du sensible à lui-même, l'annulation des sujets excédentaires, la réduction du peupe à la somme des parties du corps social et de la communauté politique aux rapports d'intérêts et d'aspirations de ces différentes parties. Le consensus est la réduction de la politique à la police. Il est la fin de la politique, c'est-à-dire non pas l'accomplissement de ses fins mais simplement le retour de l'état normal des choses qui est celui de sa non-existence. La fin de la politique est le bord toujours présent de la politique, laquelle est une activité toujours ponctuelle et provisoire. Retour de la politique et fin de la politique sont deux interprétations symétriques qui ont le même effet : effacer le concept même de la politique, et la précarité qui est un de ses éléments essentiels. Le retour de la politique, en proclamant la fin des usurpations du social et le retour à la politique pure occulte simplement le fait que le social n'est aucunement une sphère d'existence propre mais un objet litigieux de la politique. Aussi la fin du social qu'elle proclame est-elle simplement la fin du litige politique sur le partage des mondes. Le retour de la politique est alors l'affirmation qu'il y a un lieu propre de la politique. Les théoriciens du retour de la politique affirment en fait sa péremption. Ils l'identifient à la pratique étatique, laquelle a pour principe la suppression de la politique.
La thèse sociologique de la fin de la politique pose symétriquement l'existence d'un état du social tel que la politique n'y ait plus de raison d'être, soit qu'elle ait accompli ses fins en amenant précisément cet état (version exotérique américaine, hegelo-fukuyamesque), soit que ses formes ne soient plus adaptées à la fluidité et à l'artificialité des relations économiques et sociales actuelles (version ésotérique européenne, heideggero-situationniste). La thèse se résume alors à déclarer que le capitalisme, poursuivi jusqu'au bout de sa logique, entraîne la péremption du politique. Elle conclut alors soit au deuil de la politique devant le triomphe du Léviathan devenu immatériel, soit à sa transformation en formes éclatées, segmentaires, cybernétiques, ludiques, etc., adaptées à ces formes du social qui correspondent au stade suprême du capitalisme. Elle méconnaît ainsi que, précisément, la politique n'a de raison d'être dans aucun état du social, et que la contradiction des deux logiques est une donnée constante qui définit la contingence et la précarité propres à la politique. C'est-à-dire que, par un détour marxiste, elle valide à sa manière la thèse de la philosophie politique qui fonde la politique dans un mode de vie propre et la thèse consensuelle qui identifie la communauté politique au corps social et en conséquence la pratique politique à la pratique étatique. Le débat entre les philosophes du retour de la politique et les sociologues de sa fin est ainsi un simple débat sur l'ordre dans lequel il convient de prendre les présuppositions de la philosophie politique pour interpréter la pratique consensuelle d'annulation de la politique. » Thèse 10, Aux bords du politique, 1990.
Sur une proposition des séminaires libres à Paris 8 et l'Ens.
Le forum, à la suite des séances précédentes, propose une réflexion autour de la disciplinarisation et de la hiérarchisation des savoirs et des savoirs-faire, des places et des fonctions sociales, et de ce qui ferait rupture à leur logique, ouvrant dans le même temps à la possibilité d’une pensée politique du commun.
Ce forum, ouvert à tous et fondé sur la mise en relation de domaines, de pratiques et d’idées, avec une orientation art, technologies, politique, a été créé et est maintenu de façon collégiale par des artistes, activistes, chercheurs et étudiants.
Site de l'inter-séminaire : http://inter-seminaire.org
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